POURQUOI REUSSIR DANS LA MUSIQUE CE N’EST PAS VIVRE DE LA MUSIQUE ?

Concert musique Nantes La Princesse est dans les cordes
Crédits photos : Sandrine Ferrand - Tous droits réservés

J’ai réussi dans la musique !

Non, je ne touche pas de droits mirobolants. Non, je ne joue pas dans les plus grands festivals et je n’ai pas fait de tournées mondiales. Mais oui, je peux dire que j’ai réussi dans la musique !

Lorsque j’ai commencé la guitare, à 16 ans, je me voyais comme mes idoles. Faire d’énormes tournées, voyager dans des jets à travers le monde, prendre de la drogue, être sulfureux et un tas d’autres trucs d’ados qui veut sortir de sa banlieue parisienne…

Oui mais voilà, première barrière, je suis nul en anglais. C’est pas un souci, au lieu d’être le nouveau James Hetfield, je serai le nouveau Alain Bashung et finalement une tournée française des Zéniths serait déjà le top. Mais une chose est sûre, je n’aurai pas de boulot « classique », pas de femme, pas de gosses. Bref, je serai libre.

22 ans plus tard, je suis marié, j’ai 2 enfants, j’habite en province et j’ai un boulot classique qui me prend 8 à 10 heures par jour. Mais j’ai réussi dans la musique !

J’ai réussi, car j’ai monté un groupe qui, je l’espère fêtera ses 10 ans en 2016.

Nous avons produit 2 albums, une pelletée de singles, un live pirate, un documentaire que nous avons diffusé au cinéma. Nous avons fait 2 tournées, produit des dizaines de concerts. Nous avons ouvert pour Urge Overkill qui fait partie de la B.O de Pulp Fiction, pour Pamela Hute, une artiste pour qui j’ai un infini respect, pour Merzhin, groupe du grand Ouest qui déplace des foules uniquement sur sa réputation. Jouer dans des salles combles, des salles vides, des clubs miteux, dormis dans des hôtels crasseux, ou encore joué en live avec des mains dans le plâtre.

Nous avons travaillé avec 2 très grands réalisateurs, nous répétons et enregistrons dans les meilleurs studios de Paris, je joue avec le meilleur batteur que j’ai pu croiser, mon guitariste est comme mon frère, j’ai vécu avec mon bassiste des moments intenses et notre technicien son est surement l’un des meilleurs du milieu.

Nous avons été diffusé sur OUIFM, Le Mouv’, La Grosse radio, le réseau Férarock. Nos albums ont été chroniqués dans Francofans, Longueurs d’ondes, Direct Matin, 20minutes Paris.
J’ai rencontré Dom Kiris lors d’une session acoustique, ce mec m’a fait découvrir un tas de groupes depuis mes 16 ans.
Nous avons vendu plus de 600 exemplaires de notre premier album et près de 800 pour le deuxième et j’ai la prétention de penser que nous avons motivé quelques groupes proches de nous pour qu’eux aussi, ils se bougent.
J’ai rencontré des personnes formidables, comme des grosses crapules. J’ai découvert des coins de France absolument magnifiques, comme des endroits où je ne remettrai plus jamais les pieds.

J’ai tout connu avec la Princesse.

Maintes fois, on a failli se taper sur la gueule. Maintes fois, on a voulu tout planter. Il y a des moments où on ne se supporte plus. Mais ce groupe ne veut pas mourir, parce que chacun d’entre nous sait que c’est l’une des plus belles aventure de notre vie.

 

Je ne sais pas de quoi sera fait notre avenir. Nous aurons surement des projets parallèles, nous ferons d’autres choses, mais nous serons liés quoi qu’il arrive.

Certes, nous ne sommes pas professionnels d’un point de vue financier, mais nous sommes des pros dans l’âme, dans les attitudes et dans le vécu. Nous sommes exigeants envers nous- même, est-ce le cas de tous les artistes « confirmés » ?

Tous ces projets, nous les avons financés avec l’aide de notre communauté en totale indépendance. Nous avons souhaité être signés en maison de disque, nous avons été reçus dans les plus grandes majors, mais finalement, avec le recul, être indé, nous convient parfaitement.

Nous avons commis des erreurs artistiques, de marketing et nous en commettrons encore beaucoup sur un tas de sujets. Mais nous n’avons jamais triché.

 

Nous ne marquerons surement pas l’histoire du rock en France, mais nous avons marqué notre histoire et c’est déjà une belle victoire.

Voilà pourquoi j’ai réussi dans la musique…

 

Je tenais également à vous remercier sincèrement pour vos commentaires et vos passages sur le blog depuis son ouverture, il y a un peu plus d’un mois maintenant. Je dois dire que je suis le premier surpris par votre intérêt.

Continuez à propager la parole des Acharnés, réagissez, réfléchissez, créez. Soyez vivants en somme !

 

Merci d’être des Acharnés.

A bientôt,

Vincent

10 Comments

  1. C’est super ce que tu fais Vincent, une vraie belle démarche.

    Le premier truc qui me vient, c’est que ce n’est pas si facile de se regarder dans la glace quand on est musicien. De savoir se situer, de reconnaître ses aspirations, ses frustrations, ses réussites et ses échecs. On se sent bien souvent balloté et refoulé. Et si beaucoup le savent, peu le disent.

    Je crois, pour ma part, avoir perdu une grosse part de mon envie en chemin. Mais j’essaie aussi de me convaincre que la réussite, c’est à chacun de la définir. En particulier dans le domaine artistique. Et, d’une manière générale, même dans ce milieu qu’on dit rempli d’égos, je pense qu’on n’est jamais assez fier de soi.

    Les déconvenues et les obstacles sont nombreux. Alors j’aime l’idée qu’à un moment donné, il faut juste se sentir fier d’avoir réussi, à sa manière, pour avancer.

    Bravo et merci d’adopter une posture aussi bienveillante à l’égard de tes « collègues » musiciens. Ça m’émeut un tantinet, mais ça ne me fait pas de mal.

    • Salut Flo,
      Merci beaucoup pour tes encouragements et je suis complètement d’accord avec toi sur le fait que notre réussite, c’est nous qui la définissons.
      J’aime à penser que nous avons déjà la particularité de faire de la musique, ce qui nous rend spéciaux à bien des égards.
      Avoir ouvert ce blog me fait prendre conscience de beaucoup de choses et me donne l’envie de développer ma musique autrement.
      J’espère que tu y trouveras ton compte et que tu passeras souvent par ici.
      A très bientôt,
      Vincent

  2. Salut Will,
    merci pour ton commentaire qui résume bien tous les profils existants.
    Je crois que le sentiment de réussite est propre à chacun. Pour ma part, le fait de vivre une telle aventure est déjà une réussite. Ensuite on verra où cela va nous mener.
    A bientôt et bonne route également.
    Vincent

  3. Très beau billet.
    Pour ma part, j’ai vécu de la musique. Après une période sans groupe à faire autre chose dans ce secteur, j’ai un nouveau groupe qui me donne l’espoir de pouvoir à nouveau me consacrer 100 % à la musique. Parce que c’est ce que j’aime le plus faire : jouer, tourner, chercher, enregistrer, produire…

    Mais j’ai plein d’amis qui sont très bons, font de super trucs et ne veulent pas vivre de la musique. Certains parce qu’ils n’aiment pas le métier (les tournées, c’est rude, les côtés chiants de la prospection, les contrats…), certains parce qu’ils ne veulent faire porter à leur famille l’insécurité du métier (je n’ai pas charge de famille, ça aide vachement), certains parce qu’ils estiment que rester « amateurs » est le seul moyen d’être totalement libres dans leur création, certains tout simplement parce qu’ils ont un autre métier qu’ils adorent et ne veulent pas abandonner. Je respecte grandement ces gens et leurs raisons. Et, oui, à partir du moment où ils font des choses bien, qui les satisfont, où ils s’éclatent, que ce soit sur des grandes scènes ou au bar du coin, ils ont réussi dans la musique.

    Bonne route.

  4. Bravo Vincent,
    Je ne vous connais pas , mais j’ai eu envie de vous remercier d’avoir su exprimer par votre excellent article ce que beaucoup de gens connaissent et ressentent dans le domaine de la musique.
    Etre musicien c’est souvent ce que vous dites, un peu de tout cela, des sentiments mitigés parfois, quand des gigs dans certains endroits vous font penser ensuite que peut-être cela n’en valait pas la chandelle ? ce sentiment d’après concert qui ne l’a pas eu parfois ? vous l’avez exprimez de façon claire et humoristique sans amertume (enfin je crois …non , j’en suis sûr 🙂 et parmi les artistes que vous citez (j’en connais deux dont une particulièrement qui avait fait leur premier concert à Paris avec un groupe dont je m’occupais un peu (les premières parties c’est bien 🙂 , cette personne pour qui j’ai aussi le plus grand respect car elle a cette force de création toujours présente depuis tant d’années et cette foi en elle malgré bien sûr les doutes d’un devenir comme vous l’avez eu. Ce n’est pas parce qu’on a pu être signé par un label, qu’on gagne bien sa vie , vous le savez bien et pourtant beaucoup de personnes peuvent encore le croire … ils sont passés en radios, voire à la télé (euh , peu d’émissions sont accessibles, le choix est faible et si l’on n’a pas le soutien de toute une équipe du label pour faire en sorte qu’on vous reçoive, c’est râpé … Il faut beaucoup de pugnacité pour « rester » dans le circuit et vous en êtes un exemple …exemplaire si j’osais le dire ainsi 🙂
    Le fait surtout de rester soi-même est aussi un facteur important pour l’estime de soi, il en faut pour continuer malgré vent et marées, c’est nécessaire et pas forcément en ayant un ego surdimensionné. quant à ceux qui ne voudraient pas être signé ? levez la main ceux qui osent le dire et l’expliquer honnêtement sans faux semblants et prétextes foireux ? bien entendu que sans label en soutien, promouvoir sa musique, son groupe, trouver des dates est un job à part entière et les lieux susceptibles de vous recevoir ne sont pas légions non plus, ces salles ont aussi des objectifs non pas de rentabilité (quoique …pour certaines c’est aussi vital ) mais d’un minimum d’entrées à trouver pour chaque artiste, chaque groupe qu’elles présentent, sinon du fait de la réduction des subventions, elles devront mettre la clef sous la porte.
    Et la musique vivante alors direz-vous ? oui, vous avez raison bien sûr … mais comment faire pour attirer un public qui n’attend souvent que des artistes connus ? « ah ce groupe là? qui c’est ? , on ne le connait pas , donc …on n’y va pas … » Combien de fois , ai-je pu entendre ce discours lorsqu’on affichait les dates de concert … Vous avez raison quand vous dites que vous avez réussi dans la musique car vous la faites depuis 22 ans donc vous en connaissez bien les rouages , les tenants pas toujours les aboutissants , mais qu’importe finalement car vous le faites avec tout le sérieux qu’il faut pour ce public justement , alors surtout n’arrêtez pas , si vous le pouvez encore et si vous le voulez, et si un jour le blues vous prenait ou que d’autres choses vous attirait et que vous décidiez de faire une pause ou (pire … d’arrêter …) , pensez à toutes ces personnes qui sont venues vous voir et qui ont eu les yeux qui brillaient comme ces briquets allumés en concert pour vous dire et vous faire comprendre que vous aviez partagé avec eux un moment inoubliable, c’est à eux qu’il faudra penser alors et vous dire , oui, on a fait quelque chose dans la musique !
    Bon vent à vous et croyez-y encore, cela en vaut la peine non ?

    • Merci infiniment Steph d’avoir pris le temps d’écrire ce chouette commentaire ! Pour le moment, je n’ai nullement envie d’arrêter, au contraire, des tas de projets naissent les uns après les autres.
      Même si parfois l’épuisement nous gagne, nous nous sommes toujours raccrochés à ces quelques petits moments de joie pour relever la tête !
      A très bientôt,
      Vincent

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