POURQUOI SOMMES-NOUS SI MECHANTS ?

Citation humilité.
Crédit photos : AJ Monpetit -Licence Creative Commons

Soyons francs, il nous est difficile d’être objectif sur la qualité de notre travail. Nous avons toujours l’impression que nous sommes meilleurs que beaucoup d’artistes. Nous avons toujours un avis éclairé sur le travail des autres mais rarement lucide sur notre projet. On jalouse, on dénigre, on se vante, mais pourquoi sommes-nous si méchants ?

Pour tout avouer, il m’arrive de ne pas comprendre comment tel ou tel artiste peut rencontrer le succès, alors que rien dans son univers ne me touche. Lorsque je livre mes impressions à chaud, elles sont parfois virulentes, avec des phrases comme « c’est de la merde », « mais comment peut-on faire de la musique aussi nulle ? » D’autant que j’ai croisé tellement d’artistes indépendants avec un talent que je considère nettement supérieur…

Une fois qu’on a dit cela, on a rien dit.

Entendons- nous bien, la critique constructive est bénéfique et indispensable car nous devons nous remettre constamment en question, le dénigrement systématique me semble être le début d’un manque d’humilité et d’une grande frustration… Pour avoir croisé la route de beaucoup de musiciens, certains se trouvent dans la deuxième catégorie.

La musique n’est rien d’autre qu’un art où la subjectivité et les émotions prennent le pas sur le rationnel et le factuel. Qu’on soit musicien ou non, on ressent la musique tout simplement. A partir de là, nos jugements sont fondés sur nos tripes et c’est là où plus rien ne s’explique.

Je ne parle pas, dans cet article, des critiques médias et autres programmateurs qui jugent notre travail à des fins professionnelles, je reviendrais peut être sur ce sujet dans un autre post. Je ne parle que de nous, premiers et principaux acteurs de la musique ou simplement mélomanes.
En fait, je crois qu’on ne s’aime pas trop entre musiciens. On scrute toujours la moindre faiblesse des autres projets et on appuie bien dessus pour que notre entourage s’en rende compte. Apprécions-nous les jugements hâtifs sur nos projets musicaux ?

Le secteur de la musique, est ultra concurrentiel. Beaucoup de prétendants et très peu d’élus. Comme tout ce qui est rare, le succès est convoité. Notre esprit critique peut très rapidement se transformer en esprit de dénigrement.

Nos associations sont parfois plus intéressées que naturelles et de qualité. Lorsque que nous organisons des concerts en commun, plutôt que d’organiser une belle soirée qui tient la route,  combien d’entre nous ont pour objectif de phagocyter le public des autres groupes ?  Un batteur trouvera un autre batteur mauvais, pas en place avec peu de frappe. Un bassiste considèrera ses congénères comme manquant de groove, un chanteur n’aime que très rarement les voix des autres et je ne vous parle pas de guitaristes entre eux…

La question que je me pose souvent, c’est pourquoi faisons-nous preuve de si peu de sympathie vis-à-vis d’autres projets ? Plutôt que de les dénigrer pourquoi ne pas tenter d’analyser la stratégie, l’image, le son, les morceaux. Tout projet est une mine d’informations, adaptables ou non, encore faut-il prendre le temps de le connaître un peu et éviter les jugements à l’emporte pièce. Est-ce la frustration de ne pas atteindre nos objectifs qui nous fait réagir de la sorte ?

Nous avons souvent tendance à rendre les autres responsables de nos échecs, alors qu’il suffit simplement de faire une petite auto-critique pour découvrir ce qui manque à notre projet et avancer.

 

 

méchant
“I have all the characteristics of a human being: flesh, blood, skin, hair … but not a single, clear, identifiable emotion, except for greed and disgust.” American Psycho (2000)

MEA CULPA

Je me rappelle d’un concert que nous avons fait avec un groupe de Biarritz, qui s’appelait Wix, de mémoire, au début des années 2000. Ces mecs avaient fait 600 bornes pour jouer une demi- heure à Paris, on était passé juste avant eux et on était sûr d’avoir réussi notre prestation. J’irai même jusqu’à dire que nous étions certains d’être le meilleur groupe de la soirée…

Les mecs montent sur scène avec des styles particuliers, par exemple, le chanteur torse-nu sous une veste sans manche en poils de Yak, le bassiste en kilt. Evidemment, on les vanne entre nous, on se dit qu’on va bien se marrer etc… Ils commencent leur live et dès la première mesure, je perds deux molaires. C’était carré, un feeling de dingue, des titres bétons, une attitude de rock stars et tout d’un coup leur fringues devenaient top ! Je vous avoue avoir eu un peu honte de mon arrogance et je ne pouvais que m’incliner face à tant de classe.

Je ne sais pas ce qu’est devenu ce groupe, mais je peux vous assurer qu’ils ont été le point de départ de ma mutation. Je suis devenu plus exigeant envers moi-même et plus ouvert vis-à-vis des autres groupes. Au-delà des jugements artistiques, j’essaie d’analyser le fonctionnement du groupe, d’étudier son parcours et de voir ce qui est applicable pour moi.

Pas plus tard que ce samedi 3 octobre 2015, j’ai donné une conférence pour le réseau REZONNE et j’ai croisé Taj de Join Da Tease qui était également intervenant. Son projet est très bien pensé, ouvert  et il devrait être étudié de près par un paquet d’entre nous, car il regorge d’excellentes idées.

J’aime me nourrir des qualités d’autres projets plutôt que de pointer leurs défauts. A mon humble avis c’est plus enrichissant. Tout dénigrer nous fait tourner en rond.

 

Je prends beaucoup plus de plaisir à croiser d’autres groupes et partager des moments rares avec eux et surtout à envisager l’avenir avec leur contribution.

Je me suis rendu compte, au-delà de l’artistique, que la bienveillance était la meilleure voie vers la reconnaissance.

Et vous avez-vous vécu ce genre de situation ? N’hésitez pas à me faire part de vos sentiments en commentant cet article ou sur les réseaux sociaux !
Merci à tous d’être des acharnés.
A bientôt,
Vincent

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