L’ ACHARNEE DU MOIS #8

Crédits photos : Richard Boutin - Tous droits réservés

J’ai découvert Pamela Hute sur Myspace, il y a bien longtemps, et j’ai toujours été intrigué par son univers et sa personnalité. Puis j’ai eu la chance, avec La Princesse est dans les cordes, mon ancien groupe, de faire sa première partie lors du Festival Brinay en Scène en 2009 ou 2010 je ne sais plus. J’ai pu donc échanger tranquillement avec elle , alors qu’elle venait d’enregistrer son passage à l’émission Taratata et de signer chez Tôt ou Tard. J’ai découvert quelqu’un de pudique, mais d’une grande gentillesse et très abordable. De temps en temps nous prenons des nouvelles de l’un et l’autre et je continue à suivre avec attention son parcours artistique. Je vous invite à lire cette belle interview détaillée pour comprendre comment on peut réussir dans la musique, sans vivre de la musique. Voici l’Acharnée du mois#8, voici Pamela Hute !

Peux tu revenir sur ta signature chez tôt ou tard, comment se sont noués les contacts et quelle a été la proposition de contrat ?

Bonjour aux acharnés !
J’ai signé en 2009 alors qu’on finalisait notre sortie en totale autoproduction. On venait à peine de recevoir les cartons de disques !
Tout s’est passé un peu par hasard, un ami de Vincent Frerebeau, qui est également un de mes amis, lui avait parlé de ma musique et envoyé un lien myspace. Dans le contexte de l’actu que nous avions à l’époque (printemps de bourges, quelques passages sur Oui fm, une sorte de micro buzz), Vincent a eu envie d’en savoir plus. Cela s’est fait très simplement. Il a écouté l’album (que nous avions produit nous-même), et je l’ai rencontré. A l’époque il venait de signer Shakaponk et le label surfait sur la réussite de Yaël Naïm aux US et du single « new soul »; il cherchait clairement à signer de nouveaux artistes.
Il m’a fait une première proposition de licence un peu faiblarde, puis finalement j’ai signé un contrat d’artiste. Tôt ou tard a racheté les masters du premier album et le contrat prévoyait 3 options pour les suivants. Il en a donc validé une seule.

Quelles différences as-tu constaté sur ton développement avant la signature et après ?

Je n’étais pas très avancée au moment de la signature donc cela a vraiment été un gros changement.
Il y a eu pas mal de presse et une belle exposition autour du premier album et c’était vraiment formidable. J’ai vendu très peu, mais le nom a circulé. Et j’ai appris aussi. Beaucoup.

Le fait d’accéder à certains médias à fort impact, a-t-il eu une incidence majeure sur la vente de disques, tes progras de concerts ou autre ?

Comme je le disais à demi mot en répondant à la question précédente, non pas du tout. Evidemment, il y a quelques ventes qui découlent directement de l’exposition dans les gros médias, notamment la télévision. Il a des gens qui découvrent et qui achètent, mais cela demeure quantité négligeable. Même très exposée, cela se convertit très peu en ventes. Or, hélas, la vente du cd est ce qui reste le plus rentable pour un artiste signé en contrat d’artiste sur un label. Donc à part pour rembourser mes avances, je n’en ai pas beaucoup profité !
Aussi, je n’ai jamais eu une seule playlist sur une radio nationale. Les radios ont passé mes titres occasionnellement un peu partout, mais jamais de façon régulière, donc les programmateurs des salles, qui sont très à l’affût des passages radio, n’ont jamais vraiment suivi.

Pourquoi ta collaboration avec tôt ou tard s’est terminée ?

Après avoir longuement hésité, et m’avoir permis d’écrire le 3e album, Vincent n’a pas voulu confirmer la 2e option pour un troisième disque. Il a considéré que si il n’avait pas réussi sur les deux premiers, ils n’arriverait sans doute pas à faire mieux sur le 3e. Le deuxième album a été un flop monumental, j’ai du en vendre moins de 1000 et il a eu une durée de vie de genre 3 ou 4 mois. Pendant ce temps là, Shaka Ponk et Cats on Trees explosaient les compteurs. Il a un label à faire tourner, il a fait des choix, c’est normal.
A vrai dire, j’ai plutôt pris ça comme une opportunité . Je n’ai jamais vraiment trouvé ma place artistiquement dans ce label. Tôt ou tard s’est construit sur la chanson française et une certaine pop, ce que j’aime beaucoup, mais le virage amorcé avec Shaka ou Cats on trees a des allures plus grand public, plus variété. Ce n’est pas du tout une critique, ils sont excellents dans leur domaine, mais je crois que j’appartiens à une esthétique différente et que c’était logique de changer de chemin.

Logo Label Pamela Hute

A la longue, c’est un peu lassant d’entendre ces réponses absurdes. J’aurais préféré qu’on me dise que j’étais vraiment bonne à rien et que ma musique était indéfendable, au moins, les refus auraient eu davantage de sens !

Pourquoi as tu décidé de monter ton label ?

Après la fin de l’aventure Tôt ou Tard j’ai enregistré mon 3e album. J’avais travaillé dessus deux ans avec le soutien du label, alors j’étais prête. J’ai juste finalisé le travail qu’ils avaient engagé mais interrompu en cours de route. J’ai bossé sur ce projet 6 mois, pour tout organiser, et je l’ai enregistré chez moi en Dordogne, avec un nouveau groupe, ainsi que Jay Pellicci aux manettes, un américain basé à San Francisco, habitué du studio mythique Tiny Telephone à San Francisco et qui a bossé avec des gens comme the Dodos, Sleater kinney, ou Avi buffalo. Je suis partie là-bas pour le mixage et à New York pour le mastering et en septembre dernier l’album était terminé.
Du coup, j’ai frappé à plusieurs portes; des labels, des éditeurs, des tourneurs, toutes sortes, des gros, des petits, français, étrangers… Et toujours la même réponse (quand réponse il y avait) « c’est vraiment super, les titres sont tops, mais je suis désolé, on ne va pas le faire ». Athome était intéressé, on s’était vu plusieurs fois, le boss avait adoré l’album…mais…ah ben non !
A la longue, c’est un peu lassant d’entendre ces réponses absurdes. J’aurais préféré qu’on me dise que j’étais vraiment bonne à rien et que ma musique était indéfendable, au moins, les refus auraient eu davantage de sens !

Cela faisait longtemps que j’avais l’idée de monter mon label, mais je n’avais pas envie de faire ça toute seule. D’une façon générale, je sens quand c’est le bon moment pour faire des choses. Pendant presque un an, cela n’a pas été le bon moment, même si le projet murissait dans ma tête.
Puis j’ai rencontré Julien Le Nagard en avril dernier, un musicien qui a la même vision des choses que moi, débrouillard, producteur talentueux et très malin, alors on a décidé de se lancer ensemble.

Quelle structure juridique as tu choisi ?

C’est une SAS dont nous sommes chacun actionnaire à 50%.

Le but n’est pas de gagner de l’argent, ni de s’enrichir (il faut plutôt choisir un autre métier si tel est l’objectif), mais de sortir de beaux disques, le plus longtemps possible.

Quelle stratégie souhaites tu mettre en place (ventes physiques, dématérialisation, vinyls, cd…) ?

Je suis en train de discuter avec des distributeurs, donc il y aura du digital, évidemment, mais aussi du physique. Pas mal de vinyles. Nous sommes vraiment dans une logique de DIY qualitatif. Je crois que même si la période est très difficile, elle est paradoxalement très ouverte. Il y a beaucoup de gens qui se lancent, essaient de trouver des modèles différents. My Dear Recordings va se développer dans un esprit de label indé anglo saxon, on veut créer une marque, un label au sens d’étiquette, justement. On a un studio d’enregistrement, un réseau, des projets musicaux, une ligne directrice artistique rock/pop indé, et beaucoup d’énergie, alors tout est possible.
Le but n’est pas de gagner de l’argent, ni de s’enrichir (il faut plutôt choisir un autre métier si tel est l’objectif), mais de sortir de beaux disques, le plus longtemps possible. Julien et moi-même faisons de la musique depuis plus de 10 ans, et je crois qu’on a tous les deux envie de partager notre expérience, rencontrer de nouvelles personnes, réaliser toutes les collaborations dont on a toujours rêvé sans pression de réussite commerciale, développer nos propres projets, et aider des artistes qu’on aime.

Sur quel(s) critère(s) signes tu tes artistes ?

Sur la qualité de la musique et du songwriting, la singularité bien sûr, et aussi sur l’état d’esprit général de l’artiste.
Nous venons, entre autres, de signer deux projets, l’un est un jeune groupe My Thinking Face. Les garçons sont supra excités, et même si ils font de la musique depuis un moment chacun de leur côté, c’est leur premier projet complet, sérieux, avec une sortie d’album etc. Ils n’ont pas vraiment d’expérience de label. Donc l’idée c’est aussi de leur apprendre tout ça, non pas les formater, surtout pas, mais les aider à ne pas partir dans tous les sens, pour qu’ils puissent se développer dans de bonnes conditions.
A l’inverse, l’autre signature est un groupe belge, Showstar, qui a déjà sorti 4 albums, qui est passé par toutes sortes de phases, et qui a une grande expérience des labels et du milieu de la musique. Il est évident que le travail ne va pas être le même avec eux.
Dans tous les cas, l’idée est de se regrouper, avoir des idées, et créer un environnement stimulant pour créer de belles choses et faire grandir les projets, quelle que soit leur histoire.

Je ne suis pas du tout contre le marketing de la musique, et la dimension commerciale. Je trouve cela intéressant aussi de réfléchir à de nouvelles manières de communiquer, de partager, utiliser les réseaux sociaux, trouver sa marque de fabrique, et essayer de vendre des disques.

Major, indés ou autoprod ?

Indé.
L’autoprod révèle ses limites assez vite je trouve, on tourne très vite en rond. Quant aux majors, elles n’ont pas (ou hyper rarement) la possibilité de faire de belles choses parce qu’elle fonctionnent comme les banques. Il n’y a que les indés qui arrivent à ménager la chèvre et le chou (tiens ça faisait longtemps que je ne l’avais pas utilisée celle-là !).
Je ne suis pas du tout contre le marketing de la musique, et la dimension commerciale. Je trouve cela intéressant aussi de réfléchir à de nouvelles manières de communiquer, de partager, utiliser les réseaux sociaux, trouver sa marque de fabrique, et essayer de vendre des disques. Il ne faut pas se leurrer, on ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche. Alors comment faire pour financer de beaux projets? Pour moi l’argent sert à faire de belles choses, c’est son seul interêt.
Alors oui, je veux que notre label vende des disques et soit bénéficiaire, pour qu’on puisse financer une multitude de beaux projets, le plus longtemps possible.

Pamela Hute Studio
Crédits Photos : Séverin – Tous droits réservés

Comment vois tu l’avenir de l’industrie musicale ?

Je ne suis pas du tout blasée. Je pense qu’on peut encore faire plein de choses. Il faut juste comprendre que rien n’est figé, que les anciens systèmes ne sont plus très fiables. Il faut être inventif, ne pas avoir peur de prendre des risques, de se planter et essayer des choses. Il faut faire preuve de beaucoup de souplesse.
Aujourd’hui j’ai un boulot à côté, je ne vis absolument pas de la musique, et je ne suis pas certaine d’en vivre un jour, mais je trouve la période excitante. On peut tout faire, les intermédiaires disparaissent. Il est clair qu’aujourd’hui un artiste peut difficilement se contenter d’écrire ses chansons et attendre qu’on vienne frapper à sa porte avec un contrat en or. Il faut prendre les choses en main et essayer d’avoir une regard global sur son projet. Cela étant dit, je demeure convaincue qu’à la fin, c’est le public qui décide. Si tu as de bonnes chansons sur ton disque, de bons artistes sur ton label, que tu réalises de jolies choses, avec sincérité, et que tu ne prends pas les gens pour des imbéciles, et bien ils te soutiendront. Mais tout le monde oublie que cela prend du temps. Personne ne veut prendre le temps.
Typiquement, un projet comme le mien, c’est un investissement sur le long terme, mais très peu risqué. Je ne révolutionne pas la musique, mais j’écris des chansons convenables. Et j’espère que je vais continuer à progresser au fur et à mesure des mes albums. Mais ce n’est pas hype ou à la mode, alors il faut être patient et doucement faire grandir le projet, sur 3-4 albums. Mais personne n’a les balls de faire ça aujourd’hui.
C’est plus fastidieux, c’est certain, mais cela me semble tellement plus sûr que d’aller chercher le truc à la mode qui va disparaître aussi vite qu’il est apparu…

Ton actu ?

Cette création de label m’occupe beaucoup, mais j’ai en effet mille autres projets en route !
En avril dernier j’ai sorti le single ’Gunshot ‘ en maxi vinyle puis le clip : http://bit.ly/phgunshotvinyl
Je travaille sur un autre projet de clip pour la rentrée et un ep devrait voir le jour en septembre avec un nouveau single.
Aussi, je joue au Supersonic le 15 septembre, à Paris, pour une soirée presque 100% My Dear Recordings, puisqu’il y aura Showstar mais également un artiste anglais génial qui s’appelle Ed Laurie.

L’album est prévu pour début 2017. Et je travaille sur la tournée aussi.
Voilà. Je suis ce qu’on appelle une artiste 360° ! haha !

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Merci à Pamela Hute pour cet entretien détaillé et lucide, je vous laisse avec le clip de son dernier single « Gunshot », ainsi que le liens si vous souhaitez mieux connaître son parcours.
Je reviendrai en Septembre. D’ici là, passez de bons moments et profitez bien de vos proches !

Merci à tous d’être des Acharnés,

A bientôt,

Vincent

Pamela Hute
New single ‘Gunshot’ available now!
Vinyl here & New Video here 🎥.
EP out september 16, 2016. New album #3 early 2017.

2 Comments

  1. Bonjour à vous les Archarnés,

    Oui, c’est une très bonne interview que vous avez fait de Pam, je la nomme ainsi car je la connais depuis ses débuts (je « m’occupais  » d’un groupe The Dude, avec lequel Pamela Hute avait fait son premier « vrai  » concert à Paris avec nous , avec la première mouture et un line-up avec un bassiste en plus du trio ensuite avec Igor Bolender et Ernest Lo, pour la suite , il y a un bail maintenant et on est restés amis avec Pam (E.H pour les « intimes  » 🙂 et c’est vraiment elle que je retrouve dans cette interview, une fille vraiment super chouette, d’une grande intelligence et une grande pudeur également que vous avez noté aussi :).
    Je suis vraiment un fan de la première heure comme on dit et on reste en contact assez régulièrement car j’essaie de la faire programmer sur Rennes , mais pas aussi évident « qu’avant  » 🙁 🙁 malheureusement …
    Merci à vous pour ce que vous faite pour aider les indés comme elle !
    Oui, passez un bel été avec les personnes que vous aimez, vos proches et vos amis, c’est vraiment important de nos jours , je crois …
    Bien amicalement,
    Stéphane

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